Le château

Le château de Boissières

Le docteur Marignan composa un poème en langue régionale sur le château au début du XXe siècle :

 

Alor, tout emb’ un cop, sus la n’auta terrassa

Dòu Castel dount au ciel mountavon li crenèu,

E que resplendissié, pus superbe e pus bèu,

Una vouès s’ausigné :

Puple de oua raça !

Galés, Rouman, Francès, vinceires e vincu,

Grand e pichot, venès, venès touti reveire

Lou palais dis ancian, lou fougau di viel reire

E la Terra ount’ avès viscu !

Dounas de Cour d’Amour, Paladin di Crousada,

Martir de vosta Fé, Camisard, Uganaud,

Ièu vous ai rebasti lou Castel peiroulau

Intras, la porta es alandada !

Alors, tout à coup du haut de la terrasse

du château dont les créneaux se dressaient vers le ciel

Et qui rayonnait magnifique et plus beau,

Une voix se fit entendre :

peuples de toutes races !

Gaulois, Romains, Français, vainqueurs et vaincus,

Grands et petits, venez, venez tous revoir

Le Palais des anciens, le Foyer des aïeux

Et la terre où vous avez veçu !

Donnez des Cours d’Amour, Chevaliers des Croisades,

Martyrs de votre Foi, Camisards, Huguenots,

Moi, je vous reconstruit le château familial.

Entrez, la porte est grande ouverte !

 

Le château de Boissières est aussi la toile de fond du roman d’Anna Rey, La Belle Huguenotte :

Depuis son mariage avec le baron Gaspard de Calvière, seigneur de Saint-Cosme, Françoise de Calvière vit au château de Boissières, dans la garrigue des environs de Nîmes.

C’est le début du XVIIIe siècle, la guerre des Camisards, qui fait rage dans les Cévennes, s’est étendue au Languedoc. Pour son mari, courtisan et renégat, madame de Calvière a perdu toute affection. Par défi, par conviction, elle ouvre ses portes aux protestants révoltés réfugiés derrière les étangs salés de la Camargue. Et elle s’éprend de leur chef, Abdias Maurel, guerrier mystique et flamboyant cavalier.

Bientôt, dans tout le pays, elle est surnommée la Belle Huguenote.

Quand le baron de Calvière entreprend de conduire lui-même les dragonnades et traque sans merci ses anciens coreligionnaires, Abdias Maurel l’assassine de ses propres mains. Peu à peu, au nom du dieu jaloux de l’Ancien Testament, le chef rebelle sombre dans la folie meurtrière qui embrase la région. Et il s’éloigne de madame de Calvière.

Désespérée, la Belle quitte son château, possédée par une idée : restaurer Abdias dans sa foi et dans son amour…

 

Le bâtiment :

 

L’entrée actuelle se fait par un haut portail surmonté d’une stèle portant la date 1022, utilisée en remploi. On accède à la demeure par la cour d’entrée, bordée de bâtiments de service.

L’édifice est une maison forte d’aspect féodal et d’apparence austère, sans cour interne. Les courtines (muraille qui relie deux tours) et les tours ont une épaisseur de 1,50 m et sont bâties en appareil calcaire isodome (toutes les pierres ont même hauteur et même longueur) régulier bloqué au mortier. Il reste des bases de mâchicoulis sur l’une des tours, ainsi que l’alignement des trous de boulins (pièce d’échafaudage en bois, horizontale, engagée dans la maçonnerie par une ouverture nommée trou de boulin) supportant les hourds. Les bases d’une bretèche défendant une porte d’entrée sont visibles sur la façade nord.

 

Un hourd est un chemin en bois surplombant la muraille avec des ouvertures au sol, qui permettent de jeter des projectiles sur l’ennemi en contrebas. Un mâchicoulis est une ouverture en pierre dans le sol du chemin de ronde qui permet de jeter des projectiles sur l’ennemi en contrebas. Une bretèche est une construction avancée dans un mur. Elle permet de lancer des projectiles.

La bretèche protège une porte.

 

Les traces d’une deuxième bretèche sont visibles sur la façade sud, défendant l’actuelle porte d’entrée. Les créneaux de la tour carrée sont du début du XXe siècle. Le corps de logis est composé d’un rez-de-chaussée où l’on accède par la façade nord et d’un étage, comportant des salons, salle à manger et chambres des maîtres des lieux. Le hall d’entrée voûté est l’ancienne Salle des Gardes. Sur l’une des portes l’on peut lire, gravé dans la pierre : « Fuy proces e quereles » (éviter querelles et procès). Cette phrase fait-elle allusion au très long procès que les villageois intentèrent à Nicolas de Calvière et qui les ruina ? Ils reprochaient au seigneur de Calvière de leur avoir volé leurs terres pour y construire son château.

Cette porte donne accès à une grande salle voûtée d’ogives, où le seigneur rendait la justice. Une prestigieuse cheminée monumentale prend place au fond de la pièce, la hotte porte deux plaques de marbre ornées d’un Décalogue que fit graver Nicolas de Calvière. Les Tables de la Loi sont représentées en vieux français et en abrégé. Parmi les quatorze pièces du château on doit mentionner la Chambre du Roi, où, selon la légende, aurait couché Saint Louis avant de s’embarquer pour les Croisades. Par le hall d’entrée, on descend à la fumerie d’opium, pièce constituée en 1905 par M. Audemard qui y déposa toute une collection d’objets chinois.

Une immense terrasse couvre le premier étage et permet d’accéder aux différentes tours et défenses des courtines. Les fenêtres des courtines sont postérieures à la construction du château. Les tours disposent de fenêtres d’aération, qui ne sont pas des meurtrières. La façade sud est munie de deux fenêtres à croisée ainsi qu’une porte de style Renaissance surmontée d’un fronton triangulaire coupé, dans lequel prend place le blason des Calvière, apposé par l’ancienne propriétaire.

Au nord de la façade du corps de logis se trouve une grande terrasse soutenue par un puissant mur. Tandis que des jardins en terrasse s’échelonnent vers l’est, on peut noter la présence d’une glacière transformée en tombeau et d’un moulin à vent dont la présence est antérieure au XVIIe siècle. Maurice Aliger mentionne la présence dans la salle basse du donjon d’un four à pain ainsi que de grandes cuves en calcaire coquillier destinées à conserver les grains et la farine.